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Portraits du département de sociologie de l'UQAM
Le département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal a été fondé en même temps que cette université fut créée, en 1969, comme constituante du réseau de l'Université du Québec. On voulait ainsi démocratiser l'accès aux études universitaires de premier cycle de façon générale, donc aussi en sociologie.
Les débuts ont été relativement modestes. En effet, la création du département se fit sur la base d'un programme de sociologie et d'un corps professoral existant, ceux du Collège Sainte-Marie (1968). Le nombre des professeurs-es qui le constituèrent était de 16. Trente ans plus tard, ce nombre avait doublé. Au cours des cinq à six dernières années, les effectifs professoraux oscillent autour de la trentaine, auxquels s'ajoutent plus d'une trentaine de chargés-es de cours.
Les programmes de formation
Dès sa naissance, le baccalauréat en sociologie de l'UQAM s'est donné comme objectif de développer un enseignement qui permettrait d'acquérir les connaissances et le savoir-faire, le métier de sociologue, par l'apprentissage de la théorie générale en sociologie et des méthodes de recherche et d'analyse qui sont propres à cette discipline (tant en quantitatif qu'en qualitatif), et par un enseignement qui formerait les étudiants-es aux trois grands domaines structurant le social, à savoir l'économique, le politique et le culturel. Par ailleurs, ce cadre de formation devait aussi privilégier l'étude d'une culture « nationale » particulière, celle de la société québécoise. De plus, le département a cherché à développer ses activités académiques, enseignement et recherche, dans une dynamique marquée par des liens importants et soutenus avec le champ des luttes sociales, des mouvements sociaux, syndicaux, politiques, etc. Aussi, dès le départ, l'engagement des professeurs-es en regard des services à la collectivité a-t-il été structurant.
Malgré le caractère modeste, voire vacillant pour certains, de ce « début de carrière », le dynamisme et l'enthousiasme ont profondément marqué les premiers moments d'existence du département. Très rapidement, toutefois, la consolidation et la diversification du programme d'études de baccalauréat et la croissance incessante et rapide des activités de recherche, cependant peu subventionnées alors par les grands organismes de soutien financier à la recherche, créent les conditions objectives qui nécessitèrent un développement institutionnel plus grand, particulièrement par la mise sur pied d'un programme de formation de deuxième cycle.
Ce programme de maîtrise est ouvert en 1971. Il offre quatre champs de spécialisation : la sociologie économique, la sociologie politique et la sociologie de la culture, ainsi que l'épistémologie et la méthodologie. Il met l'accent sur la recherche et la production de mémoires de maîtrise. Encore là, les débuts sont modestes, mais encore là le dynamisme et l'enthousiasme ne tardent pas à produire d'heureux effets. Le nombre des étudiants et étudiantes augmente rapidement, la production des mémoires s'accélère, ainsi qu'en témoigne le Répertoire des diplômées et diplômés de maîtrise et de doctorat au département de sociologie, UQAM 1973-2005 (Montréal, département de sociologie, Université du Québec à Montréal). Il en va de même des efforts et initiatives de recherche; les projets se multiplient, des groupes et des équipes de recherche se forment, le nombre des subventions externes (CRSH, FCAR, et autres) s'élève tendanciellement, les étudiants de maîtrise impliqués dans les projets et programmes de recherche sont de plus en plus nombreux. Tout cela – la formation d'étudiants gradués de deuxième cycle formés à la recherche, le développement de plus en plus institutionnalisé et organisé de la recherche, la production de la recherche et les publications issues des travaux de recherche – conduit en moins de dix ans à la nécessité de compléter la gamme institutionnelle des programmes de formation du département et de consolider et systématiser l'effort de recherche par la mise sur pied d'un programme de doctorat.
Ce programme de troisième cycle fut ouvert en 1982. Il avait comme objectif de favoriser le développement de la recherche dans une perspective multidisciplinaire, pluraliste et critique, selon deux grands axes. Les études en sociologie économique qui portent entre autres sur la sociologie industrielle, du développement, du travail et de la technologie. Les travaux en sociologie politique qui concernent l'État, les partis politiques, la sociologie électorale, les politiques sociales, la sociologie du droit et l'étude de la pensée politique. Les recherches se préoccupant des questions de méthodologie et d'épistémologie et se situant à la frontière des grandes disciplines sociales, comme la sociologie, la science politique et l'économie, sont intégrées dans ces deux axes.
Par ailleurs, il faut noter que les professeurs-es du département se sont aussi beaucoup impliqués-es dans le développement de programmes non dirigés et administrés par le département mais auxquels ils se sont affiliés. À titre indicatif, soulignons la forte implication du département de sociologie dans le programme d'Animation et recherche culturelles (ARC), dès la création de ce dernier en 1981 et par la suite. Il en a été de même pour la création et le développement subséquent du certificat en Sciences sociales, du programme Histoire, culture et société (HCS), et du tout nouveau programme de deuxième cycle (DESS) en Gestion des risques majeurs. Finalement, le département a aussi développé et administré un certificat en Immigration et relations interethniques et un autre en Études québécoises. De plus, s'ajoutent à son programme de baccalauréat de sociologie dix programmes de majeures en sociologie couplés avec une mineure dans d'autres disciplines.
Ainsi, après, très bientôt, quarante ans d'existence, le département de sociologie de l'UQAM offre un ensemble de formations universitaires des plus complets et des plus diversifiés. Une visite de son site internet en convaincra toute personne désireuse d'obtenir une information complète sur ce sujet (http://www.socio.uqam.ca).
Il va s'en dire que toute cette effervescence et cette structuration institutionnelle répond au nombre croissant des étudiants-es qui s'inscrivent dans les différents programmes de formation offerts par le département. Ainsi, au cours des trois dernières années la croissance des effectifs étudiants aux trois cycles de la formation en sociologie à l'UQAM a été de 3,7 % par année; les effectifs totaux s'élevant cet automne (2006) à près de 600 (581) étudiants, dont 250 aux études avancées (142 en maîtrise et 108 au doctorat); de fait, de 2001 à 2006 l'augmentation du nombre des étudiants-cours dans notre département a été de 34,75 % (vice-rectorat à la vie académique et vice-rectorat exécutif, Informations et indications. Répartition des professeurs-es pour l'année 2007-2008, Montréal, Université du Québec à Montréal, avril 2006, tableau B.1.1.2).
Finalement, – mais nous tenons à le souligner car nous en sommes très fiers –, les professeurs-es du département ont créé, en 1989, un programme de bourse annuelle pour les étudiants-es entrant en maîtrise en sociologie. À cet effet, ils ont mis sur pied le Fonds Sociologie, à l'aide d'une cotisation bimensuelle déduite de leur salaire. Le fonds est géré de façon conjointe avec la Fondation UQAM. Puis, en 1992, le département a connu le malheur de perdre une collègue, Lizette Jalbert, qui a légué un fonds pour attribuer une bourse aux étudiants-es de baccalauréat. Alors, les professeurs-es du département ont décidé de doubler leurs cotisations afin de compléter le Fonds Lizette Jalbert et ainsi pouvoir offrir deux bourses annuelles à ces étudiants-es (« Le département de sociologie », Cahiers de recherche sociologique, no 30, 1998, p. 300). Ajoutons à cela que le comité de programme des études avancées redistribue chaque année sous forme de bourses de fin d'étude au doctorat ou en maîtrise une grande partie des économies entraînées par le nombre des étudiants inscrits aux cours de deuxième et troisième cycles et retournées au département, ce qui aide grandement au maintien des études et à la finalisation des mémoires et thèses.
Les activités de recherche
Ce qui a déjà été dit à propos de la recherche dans l'histoire de notre département pourrait se résumer synthétiquement par un énoncé simple et cours : il s'agit d'une histoire qui a déjà quelques décennies, qui s'est faite sous le sceau de l'intensification, de la multiplication des initiatives et programmes et de la diversification des objets touchés par cette effervescence. Ce rôle de plus en plus actif, dynamique, voire stratégique, de la production scientifique a eu deux conséquences majeures. La première fut la nécessité pour le département d'assumer un rôle de plus en plus important dans la mise en circulation et la diffusion des résultats de la recherche, des analyses, de la réflexion analytique et critique, non seulement réalisés dans notre département, mais aussi dans le champ général de la discipline au Québec, également au Canada et dans le monde. De ce contexte, sont nées deux revues universitaires : Cahiers de recherche sociologique et Société. La seconde fut un mouvement constant d'accroissement de la qualité de l'organisation de la recherche, de structuration d'équipes et d'intensification de la production des résultats de recherche.
Un département, deux revues
Cahiers de recherche sociologique, la revue du département, voit le jour en 1983 (septembre) avec comme objectif « [...] de viser à mettre en rapport les préoccupations de la recherche spécialisée avec le désir d'une meilleure compréhension des transformations de la société contemporaine ». Il s'agissait ainsi de la part des professeurs-es du département « [d'] exprimer leur souci pour le développement d'une réflexion sur l'ensemble de la société et son devenir ». (Michel Freitag, « Pourquoi ces Cahiers? », Cahiers de recherche sociologique, vol. 1, no 1, p. 4). Vingt-trois ans plus tard, c'est toujours le cas, la revue maintien le cap. Cependant, le développement de la revue du département, qui se fit sans soutien des organismes subventionnaires, soulignons-le, fut marqué par quelques mutations surtout repérables par des changements relatifs à la présentation et à la taille des numéros. Ainsi, on peut recenser quatre séries, ou styles : des numéros 1 à 10, de 11 à 18/19, de 20 à 23 et de 24 à 43. Actuellement, les Cahiers de recherche sociologique connaissent une autre mutation, commençant à être publiés et distribués par l'éditeur Liber (à partir du no 44). Pour illustrer, la diversité des thématiques touchées, comme le souci de traiter des enjeux sociaux et sociétaux, mentionnons les titres de quelques numéros : Connaissance et société (no 1, septembre 1983); L'économie mondiale en mutation (no 10, printemps 1988); Régulation et problèmes contemporains (no 17, automne 1991); Critiques féministes et savoirs (no 23, 1994); L'État dans la tourmente et être ou ne pas être québécois (à l'occasion du dernier Référendum) nos 24 et 25, 1995); La pauvreté en mutation (no 29, 1997); La sociologie face au troisième millénaire (à l'occasion du congrès mondial de l'Association Internationale de Sociologie [AIS]tenu à Montréal en 1998) (no 30, 1998); et, Nouveau malaise dans la civilisation. Regards sociologiques sur la santé mentale, la souffrance psychique et la psychologisation, (41-42, 2005).
Société, la revue du GIEP (Groupe interuniversitaire d'études de la postmodernité, mis sur pied par Michel Freitag et auquel participent quelques professeurs-es du département) fut fondée en 1987. Elle avait comme objectif de questionner et critiquer l'évolution de la pensée et de la réflexion (recherche) en sciences sociales et humaines (« Les sciences humaines entre l'enseignement et la recherche », Société, no 1, automne 1987, p. 1 à 11). C'est encore aujourd'hui le cas, mais le regard de Société, en plus de l'épistémologie, s'est aussi attardé et porte également sur plusieurs enjeux fondamentaux du devenir humain en société. Comme dans le cas de la revue du département, Cahiers de recherche sociologique, la pérennité et le développement de Société tiennent essentiellement aux « artisans » qui la produisent. Ce développement fut aussi marqué par quelques mutations qui scandent le passage d'une présentation artisanale à des parutions de grande qualité. Il importe encore ici d'illustrer les enjeux analysés dans Société par l'énoncé de quelques titres de numéros : Les épuisements de la modernité (no 3, été 1988); Critique de la postmodernité (nos 18/19, été 1998); Wanted dead or alive. Guerre au terrorisme ou guerre totale? (no 22, printemps 2002); Penser l'aporie postmoderne (nos 24/25), hiver 2005). Le dernier numéro, le 26 (automne 2006), est dédié à La sociologie de Michel Freitag.
La structuration de la recherche
Nous avons signalé au début de ce portrait du département de sociologie de l'UQAM que les premiers moments de ce dernier furent quelque peu modestes. On peut dire que ce fut également le cas pour la recherche, quoique cela concerne surtout l'organisation institutionnelle de celle-ci. Quant à la recherche en général – c'est-à-dire l'activité de se donner des objets d'analyse, de les problématiser, de les traiter dans un cadre méthodologique approprié, d'arriver à des constats qui accroissent la connaissance et éclairent l'action sociale –, on peut dire qu'elle fut présente dès le départ. De fait, elle l'était déjà chez ceux et celles qui, du Collège Sainte-Marie, allaient constituer les composantes de notre département. Mais une caractéristique marquait principalement alors cette recherche, les liens importants et soutenus que les chercheurs-es entretenaient avec le champ des luttes sociales, des mouvements sociaux, syndicaux, politiques, etc. Bien que beaucoup plus diversifiée et multiple que soit aujourd'hui la recherche dans notre département, on peut soutenir que c'est aujourd'hui toujours le cas, selon les objets analysés bien sûr.
Cependant, comme nous l'avons aussi fait remarquer précédemment, très rapidement le rythme, la diversité, le caractère construit de cette recherche se sont imposés. À terme, les regroupements de chercheurs se sont multipliés et se sont formalisés. Dès le milieu des années 1980, plusieurs équipes se sont formées et se sont données des cadres formels de fonctionnement collectif, qui dans plusieurs cas se sont institutionnalisées. En faire ici la liste serait trop long, mais pour en donner une idée, soulignons que les professeurs-es du département participent à au moins 54 regroupements de recherche (Rapport comité d'orientation. Des sociétés à comprendre, Montréal, Département de sociologie, UQAM, p. 85-86). Du début des années 1990 à celui des années 2000, la mise en place d'équipes de recherche s'est poursuivie. Cette période a aussi vu se créer de nouvelles structures, parmi lesquelles : des Chaires, des Instituts et des ARUCs. S'ajoutent d'autres grands projets en émergence, dont celui de regrouper des équipes interfacultaires dans une « Maison de la recherche ».
Tout cela permet de comprendre (voir aussi à ce propos : Jean-François Lepage, La sociologie québécoise : analyse sociographique de la pratique d'une discipline (1943-2003), Montréal, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal, thèse en fin de rédaction) que notre département ait connu au cours des dernières années une importante croissance de la recherche subventionnée dans son ensemble, celle-ci étant passée de 2001-2002 à 2005-2006 de 1 846 042 $CAN à 2 721 424 $, soit une augmentation de 47,4 % (Informations et indications pour la répartition des postes de professeurs-es pour l'année 2007-2008, tableau B.2.2). Par rapport à 1999, ce total a cru de 219,4 % (de 851 944 $ [Service de la recherche et de la création, Synthèse des activités de recherche et de création : 1999 à 2003] à 2 721 424 $). La grande majorité des fonds provient des octrois de recherche externes et donc des grands organismes de financement de la recherche, comme le CRSH et le FQRSC, par exemple. La progression sur ce plan a été entre 2001-2002 et 2005-2006 de 34,8 % (Informations et indications (2007-2008), tableau B.2.2). Par ailleurs, il importe de noter que la progression la plus importante a été observée au niveau des octrois externes, autres que les subventions de recherche, c'est-à-dire des commandites ou des contrats. En effet, elle fut de 824,5 % entre 2001-2002 et 2005-2006 (Ibid., tableau B.2.2). Au-delà de l'importance économique de ce financement pour le département et ses professeurs-es, cette progression du financement externe de la recherche est un indicateur clair de la profonde et croissante implication des professeurs-es de sociologie de l'UQAM dans la recherche et de leurs liens soutenus avec les différents milieux où celle-ci s'effectue.
Des trajectoires qui symbolisent le parcours historique du département
Dans le processus historique de développement de l'enseignement offert et de la recherche effectuée au département de sociologie de l'UQAM, des trajectoires professorales symbolisent le chemin parcouru et cristallisent la reconnaissance publique dont il fait l'objet. À titre d'illustration mentionnons les noms des professeurs Gilles Bourque et Michel Freitag, et de la professeure Régine Robin, tous trois ayant reçu le statut de professeur-e émérite de l'UQAM. Nous pourrions aussi rappeler les noms de Céline Saint-Pierre, Paul R. Bélanger et de Benoît Lévesque pour leur contribution reconnue en sociologie du travail, de la technique et de l'économie. D'autres noms seraient à ajouter pour faire un portrait complet de ce que fut et est le département, mais encore là la liste serait longue. Comment compléter ce portrait sans entrer dans le détail. Sans doute en se tournant vers l'actuel et le futur pour dire que notre département aura très bientôt quarante ans, que c'est déjà beaucoup mais encore jeune sur le plan institutionnel, qu'il entre présentement dans une nouvelle phase de son histoire marquée par l'arrivée d'une nouvelle génération de professeurs-es aussi caractérisés-es par leur dynamisme, leur enthousiasme et leur volonté d'affronter le défi « des sociétés à comprendre ».
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